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Tulle

jeudi 19 juin 2008, par marc

Muté de La Rochelle à Tulle voilà que j’étais inéluctablement appelé à sombrer très vite dans la déprime et la mélancolie...

Pensez donc ! Tulle ! Une petite ville banale assoupie au coeur de la France profonde, à coup sur une petite ville triste génératrice d’ennui et de désoeuvrement.

C’est tout le contraire qui s’est produit.

La configuration de ville en elle même est singulière et ne peut laisser indifférent : bâtie tout en longueur, elle s’étire le long du cours de la Corrèze, nichée au creux des sept collines qui la dominent. Autour de la cathédrale, un vieux centre moyenâgeux, le quartier du Trech où j’habite , un autre centre vers la gare et reliant les deux, une sorte de corridor le long de la rivière.

Les bâtiments publics sont beaux à Tulle : le théâtre, le tribunal, le lycée, la préfecture, tous dans des styles différents. Tout ceci m’évoque, certes dans un autre registre, le musée du village de Bucarest où sont concentrés dans un périmètre restreint une grande variété d’habitats traditionnels.

Au fil des opérations de ravalement les façades des maisons particulières émergent de la grisaille qui dissimulait leur architecture plaisante et variée.

Bref un ensemble urbain attachant où la vie s’écoule paisible. Une ville à la campagne...où seule émerge la tour administrative érigée dans les années 70 symbole du pouvoir de la ville préfecture dresse sa silhouette de bunker stalinien digne des anciennes capitales de l’Est...

J’aime cette ville où rien n’est droit, aux collines abruptes, aux rues parfois remplacées par des escaliers...

Pourtant ce ne sont ni l’architecture ni l’urbanisme qui la rendent fascinante.

La vérité est ailleurs !

Un terrible secret scelle en filigrane toute la vie de la cité. Il faut vivre à Tulle pour, petit à petit, effleurer le mystère, l’approcher et peut être décrocher ainsi la clef de la ville.

Dans les soubresauts de la libération de la France, le 9 juin 1944 la population a subi une terrible agression dont elle ne s’est jamais remise et que l’histoire retiendra sous le nom de tragédie des "pendus de Tulle"...

Occulté en partie par le massacre d’Oradour Sur Glane qui lui est postérieur d’un jour, cette sombre page de l’histoire demeure mal connue.

Le fil des évènements tragiques pourrait se résumer ainsi : au lendemain du débarquement allié en Normandie, les 7 et 8 juin la ville de Tulle est conquise par une troupe de résistants des maquis de Corrèze. Les combats sont rudes et font de nombreuses victimes parmi les combattants et la population civile. Au soir du 8 juin la sinistre division SS Das Reich commandée par le général Lammerding reprend le contrôle de la ville, les maquisards se replient vers le maquis.

Le 9 juin après avoir raflé un millier d’hommes, les nazis opèrent un tri et en représailles pendent 99 hommes aux balcons de la ville. 149 autres sont déportés en Allemagne, 101 ne reviendront jamais.

Cette période à la fois si proche mais qui s’éloigne déjà de nous est terriblement complexe.

Epoque terrible empreinte de violence, de désolation, d’humiliation et de terreur, de fureur et de larmes...
Epoque terrible où la lâcheté se dispute à l’héroïsme où le désespoir et l’espérance se bousculent dans un vertigineux maelström.

L’histoire s’écrit et se réécrit. La raison l’emporte peu à peu sur l’émotion mais pourquoi la passion est elle encore si présente à Tulle ? Pourquoi hante elle encore les esprits et les coeurs ?

Stèle des MartyrsLes tullistes ont des gens dignes, le drame de Tulle n’est pas affiché de manière ostentatoire. Il m’a fallu un certain temps pour identifier le lieu des pendaisons, il ne faut pas s’attendre à trouver un monument imposant, seule une modeste stèle érigée au coeur de la ville signale l’emplacement de la tragédie.

Mais Tulle est une petite ville, quand plus d’un millier d’hommes sont raflés, tout le monde est touché, qui dans sa famille, qui dans ses amis ou ses relations de tous les jours.

Je ne réside à Tulle que depuis peu mais déjà en lisant le nom des martyrs j’identifie des noms de familles de commerçants, de fonctionnaires que je croise tous les jours en faisant mes courses, en accomplissant des formalités ou dans mon travail.

Il y a ceux qui ont été brutalement arrachés à la vie, à l’amour de leurs proches, ceux qui ont survécu aux épreuves, ceux qui sont passés à travers...
Pourquoi ? Pourquoi celui là et pas tel autre ? Arbitraire d’un tri inhumain...

Le travail des historiens est délicat la moindre analyse réveille les douleurs, exacerbe les sensibilités, attise les passions. L’histoire de Tulle n’est pas épargné par les outrages des thèses révisionnistes. Un exemple récent marqué par un procès auquel j’ai assisté ce mardi 17 juin et sur lequel je reviendrai en est hélas une illustration.

Le devoir de mémoire s’exerce de manière très forte, le 9 juin est une commémoration impressionnante, le comité des Martyrs entretient la flamme sacrée.

Il faut une grande pudeur pour aborder la tragédie des pendus de Tulle, lire, écouter les derniers témoins directs, tenter de comprendre, respecter le souvenir et la mémoire.

Mais plus je chemine dans la compréhension de cet évènement, plus il m’apparaît que Tulle est une ville fascinante.

2 Messages

  • Tulle La Tragédie du 8 juin 1944 Le 30 janvier 2010 à 19:26

    Le 8 juin 1944, j’étais à TULLE, dans le Groupe des C J F (Chantiers de la Jeunesse Française)
    Je suis disponible pour répondre à votre questionnement éventuel.

    Je suis tombé par hasard sur votre blog. Je n’en ai pas mais vous pouvez m’écrire à mon adresse e-mail :

    Lionelphilippart@wanadoo.fr

    Cordialement,

    Lionel Philippart

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    • Tulle La Tragédie du 8 juin 1944 Le 1er février 2010 à 23:10, par marc

      Merci Monsieur Philippart pour votre message. J’aurais aimé pouvoir vous rencontrer pour évoquer avec vous ces terribles journées mais j’ai quitté Tulle au mois août 2009 et je suis désormais au Puy En Velay.
      Si vous pouviez, en quelques lignes bien que l’exercice soit difficile, nous livrer votre témoignage sur la journée du 8 juin 44 telle que vous l’avez vécue à Tulle je pense que nous serions nombreux à apprécier vos souvenirs...

      Bien à vous - Marc Jamois

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