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Theresianum

mardi 22 février 2011, par marc

Le vol commercial Austrian de Sofia à Vienne est un des plus courts qu’il m’ait été permis d’emprunter.

Le MD 80 s’arrachait de la piste de l’aéroport de Sofia et grimpait dans le ciel comme une fusée avec une pente incroyable. La montée n’était pas achevée que les hôtesses se ruaient sur leurs chariots pour offrir l’apéritif alors même que le couloir accusait encore une déclivité notable... Suivait repas, café, dijo et ventes hors taxes. Quarante minutes plus tard l’appareil roulait sur le tarmac de Wien Schwechat.

A la fin des années quatre vingt, l’Agence pour l’Enseignement à l’Etranger n’existait pas encore, et notre ministère de tutelle, le ministère des Affaires Etrangères, venait de mettre en place les premiers inspecteurs de l’éducation nationale en résidence à l’étranger. Pour la zone de l’Europe Orientale, c’est à dire de l’Europe de l’Est communiste, l’inspecteur était basé à Vienne. La zone comprenait à l’époque la Roumanie, la Bulgarie, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Pologne la Yougoslavie et l’Autriche seule entité capitaliste dans ce bloc rouge. Nous nous réunissions dans la capitale autrichienne pour des séminaires de travail et des formations.

Nos écoles du bloc de l’est accueillaient un effectif réduit composé de français et d’étrangers tiers, les autochtones ne pouvant décemment pervertir leur belle jeunesse dans nos sulfureuses et décadantes écoles impérialistes...

En général nous scolarisions les élèves jusqu’à la classe de troisième. Ensuite se posait le problème de la poursuite des études au lycée.

(Image d’une rentrée scolaire à Sofia à la fin des années quatre vingt. L’école, la troisième que nous occupions depuis notre arrivée se situait Vologalmsko Chaussée et se composait de plusieurs appartements neufs dans un immeuble en construction ... Le directeur c’est celui avec la cravate !)

A Sofia nous avions bien créé un embryon de classes de seconde et de première mais les effectifs étaient très réduits. Beaucoup de familles rechignaient à l’idée de se séparer de leurs rejetons pour leur permettre de poursuivre leurs études en internat en France.

C’est pourquoi la perspective d’envoyer leurs enfants au lycée français de Vienne constituait une solution de proximité. Se posait néanmoins le problème de l’accueil des élèves en dehors des heures de cours, le lycée français n’accueillant pas de pensionnaires.

Une issue avait été trouvée avec le Theresianium, vénérable institution fondée par l’impératrice Marie Thérèse établissement qui, à l’origine, n’accueillait que des jeunes filles de l’aristocratie viennoise.

Pour nos futurs pensionnaires une exception avait été consentie...

J’ai encore le souvenir de cette austère bâtisse dans une Vienne impériale aux avenues larges, aux immeubles cossus respirant l’ordre et l’opulence de l’ancien empire disparu. De puissantes limousines allemandes avaient remplacé les carrosses armoriés et dans les allées du Prater les joggeuses en justaucorps flashy s’étaient substituées aux belles en crinoline ...

Nous avions été accueillis au Theresianium par un vénérable recteur gris et fripé qui ressemblait fort à l’authentique momie égyptienne qui tronait au beau milieu de la majestueuse bibliothèque de l’établissement parmi d’autres trésors dignes du musée du Louvre et qui ne manquaient pas de nous étonner.

Depuis cette époque le rideau de fer est tombé, les démocraties populaires sont devenues des démocraties tout court. Les petites écoles de l’Europe orientale ont continué de grandir et sont devenues des lycées.

A Vienne le Theresianium est toujours une "boîte chic" pour élèves fortunés...

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